Terminologie

Dilemme : êtes-vous plutôt « disruptif » ou « innovateur »?

innovation et disruption

« Disruption » : encore un mot qu’on entend partout, de plus en plus fréquemment, en entreprise comme en politique.

Est-ce un anglicisme de plus ? Quelle est sa signification exacte ? Que veut un client qui nous demande de lui proposer une solution « disruptive » ? Peut-on être disruptif tout en étant innovateur ?

Si vous sentez venir la migraine, pas de panique, j’ai mené quelques recherches pour vous, et je vous les partage dans cet article 😉.

Un peu d’étymologie

En réalité, le mot « disruption » est bien français, mais son usage nous a été importé des pays anglo-saxons. On le retrouve dans le « Dictionnaire de la langue française » (1874) d’Emile Littré, signifiant littéralement « rupture », « fracture ».

Néanmoins, quand on entend certains hommes politiques vouloir « disrupter le chômage », des start-ups souhaiter « disrupter le secteur des biotechnologies » ou encore des journalistes-chroniqueurs accuser leurs invités d’être « disruptifs », on a toujours du mal à en comprendre le sens.

J’ai exhumé un article de Forbes de 2013, expliquant la différence entre innovation et disruption. Vous le voyez, le terme n’est pas si récent que ça, il a juste mis quelques années à traverser l’Atlantique avant d’être réutilisé en Europe.

Différence entre disruption et innovation

Quand on distingue l’innovation de la disruption, on n’est pas dans une vision binaire « tout blanc » versus « tout noir ». Malgré tout, entre ces deux concepts, il y a de vraies différences. Les disrupteurs sont des innovateurs, mais tous les innovateurs ne sont pas des disrupteurs – de la même façon qu’un carré est un rectangle, mais que tous les rectangles ne sont pas des carrés. Vous me suivez toujours ?

L’innovation et la disruption se ressemblent en ce sens qu’elles sont à la fois créatrices et bâtisseuses. Par contre, la disruption se différencie car elle change totalement notre façon de penser, de nous comporter, de faire des affaires, d’apprendre et de vivre notre quotidien.

Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School et gourou de la disruption, affirme qu’une disruption déplace un marché, une industrie ou une technologie existante et produit quelque chose de radicalement nouveau, de plus efficace et plus utile. Elle est donc à la fois destructrice et créatrice.

De l’innovation à la technologie disruptive

Dans son best-seller de 1997 (quand je vous disais que cette notion n’était pas si nouvelle…), « The Innovator’s Dilemma », Christensen classe les nouvelles technologies en deux catégories : durables et disruptives.

Le maintien de l’utilisation d’une technologie déjà établie repose sur son amélioration graduelle.

Une technologie disruptive remplace une technologie établie et révolutionne les industries ou les services.

La technologie disruptive a souvent des problèmes de performance parce qu’elle est nouvelle, qu’elle s’adresse à un public limité et qu’elle n’a pas encore suffisamment fait ses preuves. Rappelons-nous de la « machine à parler électrique » d’Alexander Graham Bell, que nous appelons maintenant le téléphone…

Voici quelques exemples de technologies disruptives :

  • L’ordinateur personnel (PC) a remplacé la machine à écrire et a changé à jamais notre façon de travailler et de communiquer.
  • La combinaison du système d’exploitation Windows à un prix abordable et une interface conviviale a joué un rôle déterminant dans le développement rapide de l’industrie de l’informatique personnelle dans les années 1990. L’informatique personnelle a elle-même perturbé l’industrie de la télévision, ainsi qu’un grand nombre d’autres activités.
  • Le courrier électronique a transformé notre façon de communiquer, remplaçant largement l’écriture de courriers « papier » et perturbant l’industrie de la Poste et des cartes de vœux (entre autres).
  • Les téléphones cellulaires ont permis aux gens de s’appeler de n’importe quel lieu et ont perturbé l’industrie des télécommunications.
  • L’ordinateur portable et l’informatique mobile ont permis l’émergence d’une main-d’œuvre mobile. Les personnes peuvent désormais se connecter aux réseaux d’entreprise et collaborer de n’importe où dans le monde. Dans de nombreuses organisations, les ordinateurs portables ont remplacé les ordinateurs de bureau.
  • Les smartphones ont largement remplacé les téléphones cellulaires et les PDA. Leur usage de base (téléphoner), a lui-même été largement perturbé en raison des nombreuses applications disponibles. Citons par exemple les applications d’appareil photo, les lecteurs MP3, les calculatrices et fonctions GPS etc… Pour certains utilisateurs de smartphones, ceux-ci remplacent même souvent les ordinateurs portables.
  • Le Cloud Computing a été et continue d’être une technologie extrêmement disruptive dans le monde des affaires, remplaçant de nombreuses ressources hébergées en interne, ou gérées par le biais de services traditionnellement sous-traités (e.g. serveurs externes).
  • Les réseaux sociaux ont eu un impact majeur sur notre façon de communiquer et, sur le plan individuel et personnel, ont complètement disrupté le téléphone, le courriel, la messagerie instantanée et la planification d’événements.

Dans son livre, Christensen souligne que les grandes entreprises sont structurées autour de l’utilisation des technologies durables. Celles-ci leur permettent de connaître leur marché, de rester proches de leurs clients ; ces grandes entreprises sont de plus organisées pour développer l’innovation autour de la technologie durable existante.

A l’inverse, elles éprouvent des difficultés à tirer parti des gains d’efficacité, des économies de coûts ou des nouvelles possibilités de commercialisation créés par les technologies disruptives.

Christensen démontre d’ailleurs qu’il n’est pas inhabituel pour une grande entreprise de rejeter la valeur d’une technologie disruptive, juste parce qu’elle ne va pas dans le sens de ses propres objectifs. C’est ce qui la fragilise par la suite, car elle se retrouve prise de court quand cette technologie disruptive évolue (et elle évolue très vite), gagne son public et des parts de marché.

Vous savez à présent ce qui différencie l’innovation de la disruption.

Et vous, avez-vous vécu des situations disruptives ? Partagez votre expérience en commentaire !

Alice Svadchii
Alice Svadchii
Auteure du blog et Business Analyst enthousiaste​

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khaled
Invité
khaled

parfait

Franck
Invité
Franck

Comme annoncé cet article m’a donné la migraine 🙂 Il est vrai qu’aujourd’hui tout progresse très vite et la disruption est souvent nécessaire pour ne pas louper les prochaines évolutions du marché au risque de devenir obsolète et la suite tout le monde la connaît… Il n’est pas forcer de réinventer la roue mais une remise à plat complète de processus permet d’identifier et de garder le meilleur de ce qui fonctionne aujourd’hui tout en prenant en compte de nouvelles variables pour l’avenir de l’entreprise (anticipation, prédiction). Une conduite au changement devra être mise en œuvre pour obtenir l’acceptation de… Lire la suite »