La profession de BA

Tyrion, le Conseiller du Roi : ce que GOT nous enseigne sur les jeux d’influence

Tyrion le Business Analyst

Le rôle de Business Analyst est fantastique, car il est à la croisée des chemins, à la fois entre le monde du « métier » et celui des équipes techniques et informatiques, mais également entre celui des opérationnels et de leurs managers. Une partie de notre métier est tournée vers l’analyse et la prescription de recommandations, qu’il nous appartient d’expliquer et d’étayer pour servir au mieux les intérêts de l’organisation demandeuse. Or ce rôle de conseil avisé n’est pas toujours simple. Saviez-vous que Tyrion Lannister, « Hand of the Queen » dans la série Game Of Thrones, pourrait être Business Analyst ? La comparaison établie par Elizabeth Larson (PMP, CBAP, CSM, CSM, PMI-PBA), consultante et conseillère chez Watermark Learning/PMA, paraît osée, mais elle est sacrément intéressante. Jugez-en plutôt en lisant cet article

« J’ai toujours aimé la série télévisée Game of Thrones.

Et ce qui m’a toujours le plus fascinée, c’est la manière dont le personnage du Conseiller du Roi, Tyrion Lannister (magnifiquement interprété par Peter Dinklage), a été traité. Tyrion incarne tout ce que doit être un conseiller de confiance qui influence les décideurs, comme nous le verrons ci-dessous (attention, spoilers !)

Pour être capable d’influencer sans détenir soi-même l’autorité, nous devons établir un lien de confiance, nous préparer et avoir du courage.

Il est impossible d’influencer quelqu’un qui ne nous fait pas confiance.

Dans Game Of Thrones, le conseiller de confiance est appelé « Main », probablement parce qu’il est vraiment le bras droit du Roi ou de la Reine et que c’est un poste de pouvoir. La Main a toute l’attention du décideur, mais si le décideur ne lui fait pas confiance – méfiance ! Au cours de la saison 1, par exemple, Ned Stark, qui accepte le poste à contrecœur, est la Main du roi Robert Baratheon. Bien que le roi Robert lui fasse confiance et accepte ses conseils, ce n’est pas le cas de la Reine. Et une fois le Roi mort, celle-ci et son impitoyable fils n’hésitent pas à le décapiter (horrible et choquant épisode!).

Tyrion, par contre, n’a au départ la confiance de personne. Cependant, tout au long de la série, il s’efforce de créer ce lien, en se préparant soigneusement avant de donner des conseils à sa Reine, Daenerys Targaryen, et en faisant preuve de beaucoup de courage.

Se préparer à étayer ses recommandations

Au début, on voit que Tyrion est un conseiller consciencieux, qui lit avec attention les informations qui lui sont transmises. Il lui donne des conseils généralement judicieux, comme Daenerys s’en rend compte au fur et à mesure. Quand elle suit ses conseils, ça marche presque toujours (chers fans, oui, je sais, il y a aussi des cas où Tyrion se fait avoir). Quand elle ne l’écoute pas, les choses tournent mal pour elle. Par exemple (attention, spoiler!), dans l’avant-dernier épisode, Tyrion conseille Daenerys de sauver la vie d’innocents, mais elle refuse de l’écouter, ce qui la conduit droit à sa destruction finale. En tant que Main, Tyrion fait preuve d’un courage inimaginable, car il donne des conseils dont il sait pertinemment qu’ils seront mal reçus – mais il sait que c’est la meilleure ligne de conduite à tenir et il joue son rôle de conseiller malgré le risque encouru.

Un autre exemple ultime du courage de Tyrion est décrit dans le dernier épisode de la Saison 8. Tyrion comprend qu’il ne peut plus soutenir une reine qui veut le pouvoir à tout prix. Bien qu’il sache qu’il sera arrêté pour « trahison », Tyrion ne peut soutenir de telles actions. Il sait qu’il se condamne à mort en démissionnant de son poste, pourtant, il n’hésite pas à retirer son insigne de Main et à la jeter au loin.

Nos projets exigent que nous construisions la confiance, que nous soyons préparés avant de donner des conseils aux décideurs et que nous soyons courageux.

Avoir le courage de recommander ce qui est le mieux pour l’Organisation 

Dans certaines organisations, il faut beaucoup de courage pour être porteur de mauvaises nouvelles, par exemple lorsque nous devons fournir un état d’avancement précis du projet ou lorsque nous signalons des risques. Même si le risque encouru n’est pas aussi désastreux que dans Game Of Thrones, il faut quand même du courage pour émettre des recommandations alors que celles-ci ne sont pas agréables à entendre ou qu’elles ne vont pas dans le même sens que les décideurs. Certains décideurs n’aiment pas entendre qu’on leur recommande d’aller dans une nouvelle direction, d’élaborer un nouveau processus ou de trouver une solution à long terme alors qu’ils veulent des solutions à court terme.

Ce qui nous donne du courage, c’est de savoir exactement de quoi nous parlons. C’est de pouvoir nous appuyer sur des faits et chiffres justifiant nos préconisations. Et c’est ce qui nécessite un travail de préparation, de même que réfléchir à la manière de formuler nos recommandations pour persuader les décideurs de leur bien-fondé. Et finalement, lorsque nos conseils s’avèrent exacts et utiles, nous gagnons, comme Tyrion, en crédibilité et en confiance.

Pour réussir à exercer une influence sans détenir l’autorité, il nous appartient de donner des conseils avisés aux décideurs, mais pas de nous approprier leurs décisions.

Le dilemme du « conseiller de confiance »

Dans l’une des saisons précédentes, Tyrion donne à Daenerys un conseil qu’elle refuse. Il explique alors à un autre conseiller, Lord Varys, que lui, Tyrion, peut bien donner sa recommandation à la Reine, mais qu’il ne peut en aucun cas la forcer à la suivre. De même, dans la Saison 7, Tyrion déconseille avec véhémence à Daenerys de punir les traîtres par le feu du dragon. Ne détenant pas l’autorité, il ne peut qu’assister impuissant à la décision finale de sa Reine de les tuer quand même, et souffre de ne pas avoir réussi à l’arrêter.

C’est ce que nous appelons le « dilemme du conseiller de confiance ».

Nous devons fournir des conseils – de bons conseils éclairés et appuyés par des faits, chiffres, statistiques. Mais nous ne sommes pas le décideur. Nous pouvons signaler les risques et les conséquences, mais nous ne pouvons pas prendre nous-mêmes les décisions. Nous voulons faire notre possible pour donner aux décideurs nos conseils éclairés, et nous espérons que, même si initialement ceux-ci sont partis sur une autre voie, ils nous écouteront. Mais ce n’est pas toujours possible. La seule chose que nous pouvons faire est de nous assurer que nos recommandations sont élaborées pour servir l’intérêt suprême de l’organisation et qu’elles ne favorisent pas nos objectifs personnels.

Le dilemme du conseiller de confiance : « Nous devons fournir des conseils judicieux et bien étayés par des faits, mais nous ne sommes pas les décideurs. »

Il y a des années, on m’a confié la mission délicate de fermer un département entier.  Le directeur de ce département était néanmoins demeuré positif tout au long du processus de fermeture. Il a réussi à répondre aux craintes du personnel, à les faire adhérer à la nécessité de fermer le département et il leur a même communiqué son optimisme. Au final, il a été promu et aucun collaborateur n’a perdu son emploi.

Le respect, l’authenticité et l’empathie nous aident à influencer sans autorité.

Tout au long des 8 saisons de Game of Thrones, Tyrion connaît une croissance extraordinaire. Il n’est plus un coureur de jupons égoïste et alcoolique, mais une Main qui comprend et souffre des conséquences de ses conseils et de ses loyautés contradictoires. Il est celui dont les conseils profitent vraiment au royaume, envers et contre tout, envers et contre lui-même. Au fur et à mesure, le personnage de Tyrion change : il devient capable de véritables amitiés, il se montre en frère attentionné et devient réellement une bonne personne. Il demeure respectueux de l’autorité de la future reine, même lorsque celle-ci est amenée à prendre de terribles décisions. Il fait preuve d’authenticité – on peut réellement percevoir sa douleur – et d’empathie pour ses amis. À la fin de la série, Tyrion est devenu probablement le personnage le plus influent.

Dans nos organisations, nous avons une plus grande influence lorsque notre approche est respectueuse, authentique et empathique. L’expertise seule ne crée pas la compétence. La plupart des gens n’ont pas une bonne relation avec les Monsieur/Madame « je-sais-tout ». Ainsi, tenter de mettre en avant notre expertise renforce rarement notre crédibilité. Nous réussissons mieux lorsque nous utilisons celle-ci pour soutenir l’organisation, et non nos propres intérêts.

En résumé, en tant que conseillers de confiance, nous fournissons nos conseils, mais nous ne prenons pas de décisions. Nous bâtissons le lien de confiance de bien des façons, notamment en préparant et en étayant soigneusement nos recommandations, tout en restant respectueux, empathiques et en faisant preuve de courage face aux décideurs. »

Texte traduit par bestofbusinessanalyst.fr, article original « Tyrion The Trusted Advisor: What Game Of Thrones Teaches Us About Influencing Without Authority », par Elizabeth Larson.

Elizabeth Larson (PMP, CBAP, CSM, CSM, PMI-PBA) est consultante et conseillère chez Watermark Learning/PMA, elle cumule plus de 35 ans d’expérience en gestion de projet et en business analyse. Elizabeth est conférencière et coauteure d’ouvrages et articles publiés dans le BA Times et le Project Times. Elizabeth a été l’auteure principale et la relectrice de toutes les éditions du Guide BABOK®, ainsi que de plusieurs corpus du PMI.

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Alice Svadchii
Alice Svadchii
Auteure du blog et Business Analyst enthousiaste

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