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Qu’est-ce que le Leadership?

Leadership

“Leadership” : c’est LE terme à la mode, que vous avez forcément vu passer dans des articles ou autres infographies opposant le « leader » et le « manager ». 

“Manager” deviendrait presque un gros mot. Les grandes entreprises lancent à tour de bras des “Leadership Academy” pour former leurs cadres dirigeants à mettre de côté leurs traits psychopathiques, et leur permettre de réussir leur mutation en leaders bienveillants et meneurs de troupes hypnotisées par leur joueur de flûte.

Les Business Analysts doivent-ils être des leaders?

Est-ce à dire que tout le monde peut devenir un leader, avec la formation et l’entraînement adéquats ? Est-ce la compétence à peaufiner pour accroître son employabilité et ses chances de faire carrière ?

>> Pour le clin d’oeil je l’avoue un brin provocateur, lire aussi cet article de La Tribune « 20% des patrons seraient des psychopathes, selon une étude »

Je vous ai déjà parlé plus d’une fois de la capacité d’influence, compétence que l’on devrait maîtriser a minima quand on est business analyst. En effet, le rôle de Business Analyst ne se réduit pas à faire des analyses et à décrire dans ses moindres détails le fonctionnement de la solution cible.

Il s’agit aussi de recommander la meilleure solution possible, celle qui permet d’optimiser la chaîne de valeur de l’entreprise sur le long terme. Or celle-ci n’est pas forcément la plus facile, ni la plus rapide, ni la moins chère, ni la plus consensuelle.

Je me demandais donc, en voyant cet emballement soudain pour le « leader », si nous aussi, Business Analysts, ne devrions pas nous y intéresser pour mieux exercer notre rôle de « conseiller avisé du roi ».  

>> Lire l’article : Tyrion, le Conseiller du Roi : ce que GOT nous enseigne sur les jeux d’influence

Kevin Kruse est CEO de LEADx et auteur du livre « Great Leaders Have No Rules » (littéralement, « Les Grands Leaders N’Ont Pas De Règles »). Il a écrit dans le magasine Forbes un article très intéressant que je vous ai traduit en français.

Peut-être m’apportera-t-il la réponse à cette question que je me pose :

« En tant que Business Analysts, devons-nous développer notre capacité de leadership pour améliorer notre efficacité ? »

>>  Réponse à la fin de l’article de Kevin Kruse 😊.

Au fait, qu’est-ce que le leadership ?

Ce que n’est pas le Leadership

Commençons par ce que n’est pas le leadership.


Le leadership n’a rien à voir avec l’ancienneté ou la position hiérarchique au sein d’une entreprise.

Trop nombreux sont encore ceux qui, parlant du leadership d’une entreprise, se réfèrent à ses cadres dirigeants. Et c’est justement ce qu’ils sont: des cadres dirigeants. Le leadership n’apparaît pas subitement et automatiquement dès lors que vous atteignez un certain niveau de rémunération. J’espère pour vous que cela se produira, bien entendu, mais sachez qu’il n’y a aucune garantie à cela.

>> Lire aussi: Travailler avec des dirigeants : comment nager avec les requins sans se faire manger (part 1)


Le leadership n’a rien à voir avec l’intitulé du poste

Tout comme le point précédent, le fait d’avoir un « C-level title » ne fait pas automatiquement de vous un “leader” (note de bestofbusinessanalyst.fr : compliqué de trouver une traduction littérale en français à l’expression « C-Title »… Ce sont tous les titres de postes dont l’acronyme commence par « C » : CEO, CIO, COO, CFO etc… Tous les « Chief of… » en quelque sorte !).

En réalité, il n’est pas nécessaire d’avoir un poste de « chef » pour être un leader. Vous pouvez parfaitement être un leader dans votre communauté, votre ville, votre quartier, ou dans votre famille, tout cela sans avoir de titre prestigieux.

>> Lire aussi: Le dilemme des évolutions de poste quand on est Business Analyst


Le leadership n’a rien à voir avec la personnalité

Dites le mot “leader”, et la plupart des gens penseront à un individu charismatique, dominateur, qui sait prendre les choses en main. Nous pensons souvent à des icônes de l’histoire comme le général Patton ou le président Lincoln. Mais en réalité, le leadership n’est pas un adjectif qualificatif. Nous n’avons pas besoin de traits charismatiques extravertis pour pratiquer le leadership, tout comme ceux qui ont du charisme ne sont pas automatiquement des dirigeants.

>> Lire aussi: Quelle est la personnalité MBTI-type du Business Analyst ?


Le leadership n’est pas synonyme de management 

Ça, c’est la grande confusion que l’on fait habituellement. Leadership et management ne sont pas synonymes.  Vous avez 15 subordonnés et êtes responsable d’un centre de profit ? Tant mieux pour vous, espérons que vous soyez un bon manager, car pour cela, il est nécessaire d’avoir de bonnes compétences en gestion. Les managers doivent planifier, mesurer, surveiller, coordonner, résoudre des problèmes, embaucher, licencier et bien d’autres choses encore. Les managers gèrent les choses, les leaders dirigent les gens.

 

Alors, je vous le demande, qu’est-ce que le leadership ?

Ce qu’en pensent les spécialistes en stratégie d’entreprise

Voyons comment certains des spécialistes en stratégie d’entreprise parmi les plus respectés de notre époque définissent le leadership, et examinons ce qui ne va pas avec leurs définitions.


Peter Drucker : “La seule et unique définition d’un leader est quelqu’un qui a des followers”

Vraiment ? Cette tautologie est tellement simpliste qu’elle en devient dangereuse. Imaginez un nouveau Capitaine de l’Armée de terre qui est mis à la tête de 200 soldats. Il ne quitte jamais sa chambre, ni ne prononce un seul mot à l’intention des hommes et des femmes de son unité. Peut-être même que les ordres dits « de routine » sont donnés par l’un de ses subordonnées. Par défaut, ses troupes doivent “suivre” les ordres. Le capitaine est-il vraiment un leader ? Commandant oui, leader non. Drucker est bien entendu un brillant penseur, mais sa définition du Leader est par trop simpliste.


Warren Bennis : “Le leadership est la capacité à traduire une vision en réalité”

Chaque printemps, vous avez une vision pour améliorer votre jardin, et avec beaucoup de travail et de persévérance, les carottes et les tomates deviendront une réalité cet été. Êtes-vous un leader ? Non, vous êtes un jardinier. Bennis semble avoir oublié l’impact “des autres” dans sa définition du Leader.

>> Lire aussi: Pourquoi personne ne voit la vision de son dirigeant (le biais de la « vision floue »)


Bill Gates : “Au cours du prochain siècle, les leaders seront ceux qui donneront du pouvoir aux autres”

Cette définition inclut “les autres” et il est vrai que l’autonomisation est une bonne chose. Mais dans quel but ? J’ai vu beaucoup d'”autres” autonomisés dans ma vie, depuis des hooligans à l’origine d’émeutes à des collaborateurs employés chez Google qui étaient si décorrélés du reste de l’entreprise qu’ils se sont retrouvés au chômage.

Dans la définition de Gates, il manque l’objectif ultime — ou la vision.


John Maxwell : “Le leadership, c’est l’influence – ni plus, ni moins”

J’aime le minimalisme, mais la réduction de la définition de leader à l’influence est trop importante. Un voleur armé a de l'”influence” sur sa victime. Un manager a le pouvoir de licencier les membres de son équipe, ce qui lui donne beaucoup d’influence. Mais est-ce que cette influence fait d’un voleur ou d’un manager un réel leader ? La définition de Maxwell omet la source de l’influence.

>> Lire aussi: Travailler avec des dirigeants : comment nager avec les requins sans se faire manger (part. 2)


Qu’est-ce donc que le leadership ?

Voici ma définition :

« Le leadership est un processus d’influence sociale, qui maximise les efforts des autres, en vue de la réalisation d’un objectif ultime. »

Est-ce que vous avez bien noté les éléments clés de cette définition ?

  • Le leadership découle de l’influence sociale, et non de l’autorité ou du pouvoir.
  • Le leadership nécessite l’implication d’autres personnes, lesquelles ne sont pas nécessairement des “subordonnés directs”.
  • Le leadership ne dépend pas d’un quelconque trait de personnalité, d’attributs ou même d’un titre; il existe de nombreux styles, et de nombreux chemins pour développer un leadership efficace.
  • Le leadership inclut un objectif ultime, et non une simple influence sans attente de résultats.
  • Le leadership “maximise les efforts”: c’est  l’utilisation de ces mots qui rend cette définition si différente des nombreuses autres définitions académiques existantes. La majeure partie de mon travail a pour objectif l’engagement des collaborateurs, car des collaborateurs impliqués fournissent un effort absolu.

Je suppose que techniquement, un leader pourrait utiliser son influence sociale pour organiser et piloter les efforts fournis par autrui, mais je pense que le leadership consiste surtout à maximiser cet effort.

>> Lire aussi: Donnez à vos collaborateurs les moyens de faire de l’amélioration continue

Ce n’est pas “Hé tout le monde, alignez-vous et atteignez le sommet de cette colline en un jour !”. Mais plutôt : “Hé, vous voyez cette colline ? Voyons à quelle vitesse nous pouvons arriver au sommet… et je paierai une tournée à quiconque arrivera avant moi !”


Alors, que pensez-vous de ma définition du leadership ?
 

L’influence sociale, les autres, maximiser l’effort, tout cela vers un but. Est-ce que ces éléments clés vous paraissent appropriés ?

(Article original : What Is Leadership?, de Kevin Kruse)

Les Business Analysts n’ont pas à être des “leaders”

A présent, si je reviens à ma question formulée en début d’article :

« En tant que Business Analysts, devons-nous développer notre capacité de leadership pour améliorer notre efficacité ? »

Eh bien, je pense à présent que c’est hors sujet.

En tant que Business Analysts, notre rôle est d’aider les dirigeants à prendre et à implémenter les bonnes décisions pour optimiser leur chaîne de valeur.

Bien sûr, nous pouvons utiliser notre capacité d’influence sociale.

Bien évidemment, nous tenons compte des intérêts de toutes les parties prenantes concernées par le besoin d’évolution, et les impliquons le plus possible dans la démarche de changement.

Et, effectivement, nous faisons cela dans un but précis.

Mais il ne s’agit pas de notre vision, pas plus qu’il ne nous revient de maximiser les efforts « des autres ».

À mon avis, le leadership n’est donc pas une compétence à développer quand on veut être un Business Analyst efficace.

Qu’en pensez-vous ?

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Alice Svadchii
Alice Svadchii
Auteure du blog et Business Analyst enthousiaste

3 réflexions au sujet de « Qu’est-ce que le Leadership? »

  1. Bonjour Alice. Vos articles sont toujours très intéressants pour nourrir la réflexion sur notre métier de Business Analyst et faire progresser sa compréhension et appropriation.
    Au sujet de la compétence de leadership : Nous retrouvons derrière ce terme l’essentiel des enjeux et attentes qui étaient déjà présentes derrière la compétence de manager lorsque celle-ci a émergé dans les années 1980-90, pour dépasser les limites perçues dans la fonction de cadre. Dans une analyse rapide on pourra dire : Les entreprises tendent à normaliser, réguler les comportements, actions et tous les éléments qui la composent dont les postes. De plus, un intitulé de poste « prestigieux » est un objet de récompense et sera attribué à de plus en plus de personnes, ayant de moins en moins les compétences disruptives qui la caractérisent (le mot désigne d’abord un besoin, puis un trait de personnalité, puis une compétence, puis un rôle, puis une fonction, puis un poste, dans le processus systématique d’institutionnalisation). Parallèlement, plus elle se normalise (ou plus son environnement devient instable) plus une entreprise aura besoin de personnes capables d’obtenir des résultats malgré les freins des règles en place ou de la dissolution du rôle de chacun. Tout cela pour dire que le leader d’aujourd’hui est le manager d’hier. Dans 30 ans, le mot leader se sera institutionnalisé et un nouveau rôle sera le graal des organisations : disrupteur, innovateur, transformateur… Mais ce sera la même fonction qui en sera attendue. Alors, pour notre métier de Business Analyst : Doit-il avoir des compétences de leadership ? Pour rebondir sur une réflexion que vous faites souvent et que je trouve très pertinente : « Tout dépend de l’organisation ». Si les interlocuteurs du Business Analyst sont freinés par les règles ou par une focalisation réductrice sur leurs postes alors que le projet nécessiterait obligatoirement pour sa réussite un surcroit d’implication et de dépasser certaines règles alors les capacités d’influence du BA peuvent faire une différence. Cependant, je pense que votre positionnement est plus profond : le Business Analyst n’est pas décisionnaire et dans son métier stricto sensu n’est pas encadrant. Or ce sont essentiellement dans ces cadres que la fonction de leader est attendu et prend son sens. C’est pourquoi je vous rejoins pour penser que le leadership n’est pas, comme vous le formulez, une compétence à développer pour être nécessairement un Business Analyst efficace.

  2. Merci Alice pour tes publications toujours intéressantes. Je tiens toutefois à inviter le lecteur à approfondir la notion de Leadership car elle est complexe à saisir sans expérience personnelle.
    C’est ce que j’ai fait et voici un article fait par mes soins sur Linkedin qui montre ce qui fait du Leader un être à part dans une organisation.
    https://www.linkedin.com/pulse/la-diff%25C3%25A9rence-entre-un-manager-et-leader-ahcene-khacer/?trackingId=bAS7%2FFdbSDe0kwyaWdkFzQ%3D%3D

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